Le monde change de carte : on passe du Mercator à Equal Earth
Le monde change de visage, au sens propre comme au figuré. Les Nations Unies adoptent une nouvelle projection cartographique, Equal Earth, plus fidèle à la taille réelle des continents. Cette réforme accompagne un basculement plus large : la géopolitique mondiale glisse elle aussi vers un ordre multipolaire.

Depuis 1569, la projection de Mercator domine les cartes scolaires et diplomatiques du monde entier. Conçue à l’origine pour la navigation, elle déforme pourtant fortement les surfaces. Ainsi, elle agrandit l’Europe et l’Amérique du Nord, tout en réduisant visuellement l’Afrique, l’Amérique latine et une partie de l’Asie.
En septembre 2026, l’Assemblée générale des Nations Unies change la donne. Elle adopte une résolution en faveur d’une nouvelle projection, baptisée « Equal Earth ». Le Groupe africain et le Togo portent cette initiative, afin de refléter plus fidèlement la superficie réelle des continents.
Mercator vs Equal Earth : une carte qui redessine les continents
Sur cette nouvelle carte, l’Afrique, l’Amérique latine, l’Asie du Sud et l’Océanie apparaissent nettement plus grandes. En revanche, l’Amérique du Nord et l’Europe retrouvent leur échelle réelle, plus modeste. La France, de son côté, annonce l’abandon de Mercator dans ses usages diplomatiques. Elle adopte la projection Eckert IV, proche d’Equal Earth, ce qui réduit sa propre représentation sur les nouvelles cartes.
Cette réforme dépasse largement la simple question technique. En effet, elle vise à corriger un biais eurocentré hérité de la colonisation. Ainsi, elle reconfigure symboliquement la place des continents dans l’imaginaire géopolitique mondial.
Vers un monde multipolaire
Au-delà de la carte elle-même, une recomposition plus profonde s’opère. De nombreux analystes s’accordent sur un constat : l’ordre international dominé par les États-Unis depuis la fin de la Guerre froide cède peu à peu la place à un système multipolaire.
Le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, défend d’ailleurs cette lecture. Lors du sommet de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS), à Bichkek en septembre 2026, il appelle à réformer des institutions internationales figées dans les rapports de force de 1945.
Cinq pôles, une compétition de fond
Les observateurs décrivent désormais cette configuration comme un système « mini-polaire ». Une compétition structurante oppose toujours les États-Unis à la Chine. Toutefois, plusieurs autres pôles gagnent en influence sur leur région, et parfois au-delà.
Les États-Unis conservent leur statut de superpuissance militaire, technologique et financière. Cependant, leur capacité à imposer seuls des résultats géopolitiques diminue progressivement. La Chine, de son côté, consolide son poids économique et militaire. Elle étend son influence via les Routes de la soie, les BRICS et d’autres formats de coopération.
L’Inde s’impose quant à elle comme un pôle démographique et stratégique majeur. Elle pèse déjà sur des enjeux globaux comme le numérique, le climat et la sécurité. L’Union européenne conserve un poids économique et normatif certain. Néanmoins, elle reste fragmentée sur les questions de défense et de politique étrangère, ce qui en fait davantage un « mini-pôle » qu’une superpuissance unifiée.
Enfin, la Russie conteste ouvertement l’architecture de sécurité occidentale. Elle s’appuie sur l’OCS et les BRICS pour consolider un espace d’influence eurasiatique, malgré les sanctions et la guerre en Ukraine.
BRICS+ et OCS, deux visions alternatives
Les BRICS élargis rassemblent désormais le Brésil, la Russie, l’Inde, la Chine, l’Afrique du Sud, ainsi que l’Égypte, l’Éthiopie, l’Iran, les Émirats arabes unis, l’Arabie saoudite et l’Indonésie. Ensemble, ces pays revendiquent près de la moitié de la population mondiale et environ 40 % du PIB mondial, en parité de pouvoir d’achat.
L’OCS, de son côté, réunit la Chine, la Russie, l’Inde, le Pakistan, plusieurs États d’Asie centrale et l’Iran. Ce forum eurasien se présente comme le promoteur d’un ordre multipolaire, plus représentatif et plus équitable. Ainsi, ces deux formats offrent une alternative à l’ordre libéral occidental, en insistant sur la souveraineté des États et la non-ingérence.
Le Sud global joue sur plusieurs tableaux
Un trait marquant caractérise cette nouvelle configuration : la capacité croissante des pays du Sud global à jouer sur plusieurs échiquiers à la fois. Ces États coopèrent avec les États-Unis et l’Union européenne sur certains dossiers. Parallèlement, ils échangent avec la Chine et la Russie sur d’autres, tout en s’appuyant sur les BRICS ou l’OCS pour maximiser leur marge de manœuvre.
Plusieurs dirigeants africains illustrent cette tendance. Ainsi, le président togolais Faure Gnassingbé, lors du sommet de l’OCS en 2026, appelle les pays à ne plus « choisir de camp ». Selon lui, ce nouveau monde fait émerger des centres de puissance et des équilibres économiques inédits.
Le Distingo Info



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